J’ai rencontré Leslie Howard… (1940)

J’ai rencontré Leslie Howard…

Sa pipe ne quitte pas un instant ses lèvres. Même lorsqu’il vous parle. Seulement de temps en temps il la pousse de droite à gauche ou vice versa. Tout à fait comme le héros de Pygmalion. Le sourire un peu ironique et à la fois plein de bonté est aussi le même. Au point que je ne sais pas si Pygmalion ressemble à Leslie Howard ou Leslie Howard à Pygmalion.
A mon avis, ce fut son meilleur rôle jusqu’à présent. C’est ce que je lui dis, l’autre jour.
— Je suis venu passer une huitaine à Paris, nous dit Leslie Howard. Tout d’abord pour voir le visage de la France pendant la guerre, ensuite pour essayer de trouver une partenaire pour mon prochain film, The man who lost himself.
— Que vous tournerez à Londres? Vous préférez une artiste française?
— Pour tout vous dire, je ne trouve pas d’artiste anglaise qui corresponde au type idéal pour ce film. D’ailleurs, la plupart des artistes anglaises ont quitté Londres pour Hollywood, encore dernièrement Vivien Leigh.
— Vous avez déjà tourné un rôle avec elle?
— Oui, et ensuite, toujours à Hollywood, Intermezzo, avec Ingrid Bergman, une jeune artiste suédoise.
— C’est un bon film?
— Oui, je crois qu’il plaira aussi au public français.
— Quels sont ceux que vous avez préférés?
La Forêt pétrifiée et Pygmalion. Je pense aussi que The man who lost himself sera une bien charmante comédie. Il me faudrait une partenaire dans le genre de Danielle Darrieux…
— Que pensez-vous de Paris?
— Je trouve qu’on ne sent pas de tout que c’est la guerre. Le moral est épatant… Non, ils ne la gagneront pas, la guerre des nerfs. Ils l’ont déjà perdue…
— Vous êtes venu souvent à Paris?
— Je viendrais souvent, me répond Leslie Howard.
Nous avons bavardé longtemps.
Pygmalion a prétendu que les journalistes françaises étaient charmantes et qu’on n’avait pas du tout l’impression de subir une interview.
En quoi il a tort.
Car les journalistes ne sont pas toujours aussi agréables. Mais avec Leslie Howard la tâche est facile.
C’est l’être le plus sympathique qui soit au monde.
Et je crois qu’au fond j’en suis un peu amoureuse… Je ne suis certainement pas la seule.

M.B. [Marguerite Bussot]

Leslie Howard
(Pour Vous, 17 janvier 1940)

Advertisements